Le dimanche 5 juin 2016, IIIème dimanche après la Pentecôte


Chers amis du Sacré-Cœur !

            Avec ses pieuses images sulpiciennes, ses ex-voto en fer-blanc un peu kitsch, et ses cœurs sanglants couronnés d’épines à la mystique doloriste, avouons-le : la dévotion au Sacré-Cœur a un petit côté suranné. On aurait pourtant bien tort de la ranger au rayon des pratiques désuètes ! Cette très ancienne dévotion n’a rien de poussiéreux, sauf, bien entendu, à considérer que l’amour de Dieu est dépassé…
La dévotion au Sacré-Cœur plonge ses racines dans l’Écriture sainte, et spécialement sur le témoignage de saint Jean qui, présent lors de la Passion, vit du sang et de l’eau s’écouler du cœur transpercé du Crucifié (Jn 19, 34). Cette eau l’eau vive promise à la Samaritaine est le symbole de l’Esprit Saint et du baptême ; le sang, celui de l’eucharistie. Pour saint Ambroise, le parallèle est évident : de même qu’Ève a été façonnée dans la côte d’Adam, ainsi l’Église est-elle sortie du côté transpercé du nouvel Adam. C’est donc toute la vie de l’Église, mais aussi celle de chacun de nous, qui trouve sa source dans le cœur ouvert du Christ ! On ne se lasse pas d’admirer une telle vérité n’est-ce pas ?!
La spiritualité du Sacré-Cœur nous invite à contempler ce cœur aux capacités d’amour infinies et transpercé par le péché et l’ingratitude des hommes. Du côté blessé du Crucifié jaillit un surcroît de bénédictions : ouvert, le Sacré-Cœur répand ses grâces en abondance. Bienheureux coup de lance qui a libéré le flot de la miséricorde ! Contempler le Sacré-Cœur, c’est accepter de plonger dans « le signe et le symbole éminent » de l’amour dont le Fils aime le Père mais aussi chacun d’entre nous (cf. Pie XII, encyclique sur le Sacré-Cœur Haurietis aquas).
La dévotion au Sacré-Cœur nous invite à reprendre conscience de la profondeur de l’amour de Dieu et à y répondre avec ferveur et gratitude. « Dieu a sauvé chacun de nous et chacun de nous vaut le sang de Dieu » (Bernanos, Journal d’un curé de campagne). Ne sommes-nous pas frileux, enfermés dans cette fameuse peur de « choquer » qui préfère mettre un mouchoir sur la foi plutôt que d’en témoigner ? Ne sommes-nous pas souvent distraits, indifférents ou négligents ? Si, comme le disait saint Justin, nous sommes « taillés dans le cœur du Christ », nous devrions brûler d’amour pour Lui, non ?!
Contempler le cœur ouvert de Jésus est un puissant antidote à la tristesse, au manque d’espérance de ceux qui se croient trop nuls pour bénéficier du salut, à l’acédie, cette espèce de paresse spirituelle qui va jusqu’au dégoût de Dieu ou à l’indifférence totale. Elle combat aussi.
Le capucin Raniero Cantalamessa éveille notre attention sur un fait insolite : « Il existe, au sein de la Trinité, un cœur humain qui bat ! Un cœur transpercé mais vivant ». En célébrant le Sacré-Cœur durant ce mois de juin, rendons grâce pour l’amour infini qui se déverse du cœur ouvert de Jésus.
Au sein de la Trinité, le Sacré-Cœur bat pour nous !                                                                                                                                                                                               Votre Chanoine