Le 2 octobre 2016, le XXe dimanche après la Pentecôte

Chers amis de la sainte liturgie !

            Les Gaulois (sujet ces derniers temps très à la mode…) sont-ils vraiment nos ancêtres ? La question peut sembler incongrue en ouverture du mot hebdomadaire du carillon de sainte Rita : j’en conviens ! Vous n’êtes pourtant pas sans ignorer, à l’école de René Goscinny, que les gaulois ne craignaient qu’une chose : que le Ciel ne leur tombât sur la tête… Or pour cette raison, nous ne saurions les considérer comme nos dignes ancêtres. Ou, pour mieux dire, les chrétiens que nous sommes refusons sur ce point précis d’être leurs héritiers !

Craindre que le Ciel ne nous tombe sur la tête…pensez donc ! Etre chrétien, c’est en effet vouloir que le Ciel se mêle de notre existence, occupe nos journées, descende jusqu’à l’intime de nous-même, jusqu’à imbiber notre âme du calme et de la paix céleste. Cette descente du ciel sur la terre est appelée en somme à christifier toutes les réalités terrestres.

Diviniser ce qui relève du fongible, faire de nos ventres de nouveaux dieux ou idolâtrer avec un air béat tel acteur, sportif ou autre star du système : rien n’est moins évident. La pertinence en laisse et le jugement fait défaut. Mais qu’un parfum de paradis vienne embaumer notre quotidien, nous entrons dans le domaine du possible. Et, avouons-le, celui de la convenance.

Or faire descendre le Ciel sur la terre : c’est là le rôle propre de la liturgie. Le moine Alcuin, premier ministre de l’empereur Charlemagne (heureux temps soit dit en passant où l’on choisissait parmi le corps ecclésiastique les plus hauts responsables de l’Etat…) l’expliquait à son maître : « La liturgie, c’est la joie de Dieu. » C’est en vérité se laisser subjuguer d’abord, et transporter ensuite, par le charme de la beauté des choses divines.

Si nous nous demandons quelle est la qualité la plus importante de la liturgie, nous devons répondre d’emblée le sens du sacré, c’est-à-dire du divin : la liturgie se doit d’exprimer la transcendance de Dieu. « Rien ne manifeste peut-être mieux la catholicité de l’Eglise de Dieu que l’hommage singulier de ces cérémonies de formes différentes, célébrées en langues vénérables par leur antiquité, consacrées davantage encore par l’usage qu’en ont fait les apôtres et les Pères. » expliquait le grand Pie XII.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, la civilisation occidentale s'est laissée contaminer par une lente et progressive profanation de tout ce qui est sacré. La liturgie doit donc craindre plus que tout de tomber dans le vulgaire et l’arbitraire, comme c’est, hélas! un peu trop souvent le cas aujourd’hui… Benoît XVI n’affirmait pas autre chose en constatant : « La liturgie est devenue aux yeux de la plupart — bien plus, pour chaque communauté — un exercice où des groupes bricolent leurs propres "liturgies" d’une semaine sur l’autre avec un zèle souvent aussi admirable que déplacé. » Concis et limpide !

Ce que nous devons donc craindre, c’est d’empêcher que le Ciel ne tombe sur nos têtes.

Tout simplement.
                                        
                                            Votre chapelain