Le 9 octobre 2016, le XXIe dimanche après la Pentecôte



Chers amis des saintes solutions !

            L’heure est au diagnostic. On analyse, on scrute, on discerne. On commente le « pourquoi de notre grand corps social », on explique le « comment a-t-on pu en arriver là ». Les observateurs les plus intelligents et les plus honnêtes, deux qualités qui ne sont pas forcément acolyte l’une de l’autre mais qui une fois réunies peuvent permettre d’avoir le courage de la vérité, en tirent même un constat aussi implacable que lucide : notre monde va mal. Il va même très mal.

            Les  essayistes sont alors qualifiés de polémistes lorsqu’ils mettent la pointe de leur stylo là où ça fait mal. Les politiques sont stigmatisés de déraison ou d’outrance dès qu’ils mettent ce constat sur les plateaux des débats télévisés ou sur les tables de rédaction de la presse nationale.

            Va pour les analyses et les constats. Mais maintenant ? Que dire pour l’avenir ? Sur quel message concret pourrions-nous nous appuyer pour « être et durer » ? Permettez que je livre à votre méditation le texte fameux du commandant Hélie de Saint-Marc qui s’intitule Que dire à un jeune de 20 ans ?

« Quand on a connu tout et le contraire de tout, quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie, on est tenté de ne rien lui dire (…). Pourtant, je ne veux pas me dérober, et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci, en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain : «Il ne faut pas s’installer dans sa vérité et vouloir l’asséner comme une certitude, mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère». (…)

A mon jeune interlocuteur, je dirai donc que nous vivons une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique, sont remises constamment en cause (…)

Oui, nous vivons une période difficile où l’individualisme systématique, le profit à n’importe quel prix, le matérialisme, l’emportent sur les forces de l’esprit. Oui, nous vivons une période difficile où il est toujours question de droit et jamais de devoir et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela, il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.  Il faut savoir, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure, rouler son propre rocher. La vie est un combat, le métier d’homme est un rude métier. Ceux qui vivent sont ceux qui se battent. Il faut savoir que rien n’est sûr, que rien n’est facile, que rien n’est donné, que rien n’est gratuit. Tout se conquiert, tout se mérite. Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur que pour ma très modeste part, je crois que la vie est un don de Dieu et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde, une signification à notre existence. Je lui dirai (…) qu’il faut savoir découvrir ces étoiles, qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit et le tremblement sacré des choses invisibles. Je lui dirai qu’envers et contre tous il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai que de toutes les vertus, la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres, de toutes les vertus, la plus importante me paraît être le courage, les courages, et surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse. Et pratiquer ce courage, ces courages, c’est peut-être cela L’Honneur de Vivre».

                                                                                                                  Votre chapelain