3ème dimanche après Pâques, le 22 avril 2018

N’attendons pas de bien attendre.
Qu’avons-nous à gagner à attendre, quand Dieu est en mesure par sa Toute-Puissance de nous offrir tout, tout de suite? Et si jamais nous ne pouvons faire autrement que dattendre, comment le vivre?
Assurément l’attente n’est pas une vertu. Le chien qui attend sagement ses croquettes n’est pas plus vertueux que le bébé qui hurle après son biberon. On a d’ailleurs coutume de prétendre qu’il ne faut pas faire attendre les gens, car c’est le meilleur moyen de leur mettre les pires idées en tête! Cependant, sachons reconnaître et comprendre la valeur possible de lattente, que celle-ci soit subie ou choisie: elle est un creuset, où se forge lor des vertus. Parce que lattente révèle, parce que lattente transforme, osons attendre avec fruit.
Sous son apparence anodine, une attente est une expérience quasi métaphysique, car les moments d’attente nous confrontent à la réalité de notre vie intérieure. Ils jouent comme un révélateur. C’est alors une des premières vertus de l’attente, que de faire prendre conscience de la richesse possible de la vie intérieure. Ou de nous alerter sur les défis que nous lancent les mouvements de notre âme.

Lorsque nous attendons, le temps entre en suspension. Pris entre deux rives, nous imaginons l’avenir qui n’est pas là, tout en nous retournant aussi sur le passé révolu. Ainsi, lorsque nous différons la réalisation d’un projet, nous ouvrons en nous un champ intérieur: celui du retour sur soi-même. L’attente est le lieu où, grâce à l’expérience rendue possible de la vie intérieure, j’ai la possibilité de reconsidérer la valeur de mes objectifs.
L’écart creusé par le temps me propose non pas de consommer mais de regarder. Ce faisant, il me rend libre, car il m’ouvre à la contemplation des réalités immatérielles. C’est une école de foi et de fidélité.
Toute attente est une proposition. L’occasion nous est donnée de forger de la patience, en intégrant le temps. De la douceur en s’empêchant de trépigner. De l’humilité en acceptant de passer après les autres. Faisons alors de nos attentes non pas de stériles parenthèses, mais des lieux de fécondité. Des écoles de charité. Des espaces de vérité !
Il est normal que lattente dun bien crée de la souffrance, voire de linquiétude, et parfois même de la révolte. Mais ce temps qui mest donné est ce grâce à quoi je saurai voir et recevoir ce que je n’ai pas programmé. C’est une école de véritable espérance.
Or cette espérance, plus que jamais, nous en avons besoin pour vivre en vrai chrétien.
N’attendez donc pas pour retirer de vos attentes, les trésors d’abandon qui s’y cachent.
Votre Chanoine