5ème dimanche après Pâques, le 6 mai 2018

Quand la musique est bonne.
« Où les mots manquent, la musique parle » soulignait Hans Christian Andersen. Pour Charles Baudelaire et sa plume ardente « la musique crève le Ciel ». C’est joliment dit. La musique dans notre quotidien de chrétien ne nous invite-t-elle pas en effet à mettre notre vie en harmonie avec tout ce qui existe et spécialement à mettre notre âme au diapason du Créateur ?
Dans la liturgie, qui est par excellence le langage du Ciel, les pièces d’orgue et le chant sacré – qu’il soit polyphonique ou grégorien – mettent davantage en valeur les moments de silence, tout en accompagnant habilement les cérémonies autour de l’autel comme les prières des fidèles dans la nef.
Benoît XVI, qui fut certainement l’un des plus grands papes musiciens de l’Histoire, n’a pas manqué de souligner l’importance de la musique dans l’histoire de la chrétienté et de la vie de l’Eglise. Non seulement, en tant que théologien, il est un grand penseur de la musique, mais il en est lui-même praticien. Qui n’a pas vu des photos de lui jouant du piano! Au cours de sa vie, il a écrit en effet de nombreux textes sur la musique, touchant des domaines très variés. Sa pensée, originale et complète, mêle philosophie, théologie... et une grande sensibilité artistique. Elle a notamment mûri à l’occasion des vigoureux débats sur la place de la musique liturgique qui ont suivi le concile Vatican II en réagissant aux excès de certains sur la notion de participation active des fidèles prônée par la constitution Sacrosanctum concilium et mal-interprétée par beaucoup, pour ne pas dire le plus grand nombre…
De fait Benoît XVI a toujours été sensible au fait culturel et ne cesse dans ses écrits de rappeler la légitimité et même l’éminence de l’art dans la foi chrétienne et dans la liturgie. Il est bon à ce propos de relire son discours lumineux au monde de la culture qu’il a tenu au Collège des Bernardins à Paris le 12 septembre 2008. Avant même de parler de musique sacrée, il voit la musique comme voulue par Dieu, «compositeur de la Création». Rappelons que, à la suite des Grecs, les penseurs médiévaux ont classé l’art de la musique parmi les mathématiques, parce qu’elle est une science des proportions, au même titre que la géométrie, toutes deux participant à l’harmonie générale du cosmos; c’est l’harmonie des sphères de Pythagore, qui parle de musique céleste, de degré, de ton et de demi-ton, d’intervalle... On se croirait à un cours de solfège!
Pour Benoît XVI, la création musicale des hommes participe donc à une sorte de redécouverte de l’harmonie perdue du paradis terrestre. D’où son éminente dignité. Dans la liturgie, la musique tient par conséquent une place essentielle : « La liturgie et la musique ont été sœurs dès l’origine. Dès lors que l’homme entend louer Dieu, la simple parole n’y suffit pas. Il lui faut réveiller la voix du cosmos en glorifiant le Créateur. »
Benoît XVI n’élude pas la difficulté de concilier «la liturgie qui est un agir communautaire et l’art qui est, à certains égards, l’agir d’une élite. » Il rappelle, par exemple, les «sorties de saint Jérôme contre la vanité des artistes», le même préférant la musique intérieure à la musique extérieure. Mais il s’oppose à ceux qui prônent un chant uniquement utilitaire et sécularisé: « Simple ne veut pas dire au rabais ». Cette vision équilibrée de la musique sacrée, à la fois solide doctrinalement et d’une grande douceur, témoigne d’un grand respect pour l’art sacré, consubstantiel à l’homme«La source du chant est l’amour.»
Chanter, c’est prier deux fois. A nous donc de chanter plutôt deux fois qu’une !
Votre Chanoine