Ascension, le jeudi 10 mai 2018


Bon exemple et top modèle


Comment faire boire un âne qui n’a pas soif ? En mettant, près de lui, un âne qui a soif, affirment les plus sages. Voyant son congénère boire longuement, il aurait alors envie de l’imiter. Mais une autre question se pose : quel intérêt peut-on avoir à faire boire un âne qui n’a pas soif ? Pourquoi ne pas attendre tout simplement qu’il ait soif ?
Sans dire que notre prochain ressemble notoirement à un baudet, avouons que la comparaison est tentante… Je m’explique ! Tous sont appelés à vivre une relation d’amour personnelle et vivifiante avec le Seigneur. Certains ont le « sens » de Dieu : ils font oraison avec aisance, se posent des questions métaphysiques auxquelles le plus grand nombre ne pense jamais et ne ratent jamais une occasion pour parler de Dieu, de leur paroisse et des joies qui découlent de la vie chrétienne. Ces personnes-là ont une vie spirituelle profonde : ce sont les ânes qui ont soif et qui, de surcroît, savent se désaltérer. Bravo à eux !
D’autres, nettement moins mystiques, sont davantage passionnés par des occupations « terre à terre », sans pour autant qu’elles soient intrinsèquement mauvaises entendons-nous bien ! Ils ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse vivre tranquillement sans les déranger avec la messe ou la prière familiale. Ceux-là sont des ânes qui n’ont aucune envie de boire à la source que l’Eglise leur offre.
Ont-ils seulement soif ? Bien sûr ! Comme nous tous, ils sont faits pour vivre de l’amour de Dieu, faits pour le Royaume, faits pour le Christ et ses sacrements. Simplement, ils n’en ont pas tout à fait (ou pas du tout…) conscience. Alors, ils vivotent gentiment entre leurs amis et leurs loisirs, heureux et insouciants, mais l’âge avançant (et une certaine maturité aussi), ils auront du mal à trouver un sens profond à leur vie.
Il nous faut cependant accepter que tous n’aient pas les mêmes attentes ni les mêmes besoins. Au-delà des exigences qui évitent la déshydratation totale (messe du dimanche, catéchisme et prière du soir entre autres), n’en imposons pas trop aux récalcitrants : si ce sont de vrais ânons, cela pourrait bien les braquer durablement ! Essayons humblement, par des choses simples, d’éveiller leur âme aux réalités saintes. Tant qu’ils n’auront pas fait une vraie rencontre personnelle avec le Seigneur, ils n’auront pas l’impression d’avoir soif.
L’eau reste néanmoins vitale pour tous les ânes ! Où trouver de l’eau claire et désaltérante ? Les assoiffés en ont besoin pour irriguer leur vie spirituelle. Les autres en ont besoin pour éveiller leur âme : si on ne les met pas en présence de Dieu, comment le rencontreront-ils ? La vérité c’est que Dieu, mes chers amis, se rencontre notamment dans la clarté d’un regard, dans une poignée de main noble et généreuse, dans un acte de charité dont on se retrouve le bénéficiaire, dans une liturgie soignée. Montrer l’exemple voilà le meilleur et le plus efficace des sermons.
Celui qui comble toutes les soifs, c’est le Christ. « Fais-toi capacité, je me ferai torrent », promettait-il à sainte Catherine de Sienne.
 Torrent de charité plutôt qu’averse de critiques, il nous appartient de donner davantage le goût plus que de donner la leçon !
Votre chanoine