Solennité de Sainte Jeanne d'Arc, le dimanche 13 mai 2018

Les fruits de Pâques ne flétrissent jamais.
« Recevez, Trinité sainte, cette offrande que nous vous présentons en mémoire de la passion, de la résurrection et de l’ascension de Jésus-Christ notre Seigneur » : tels sont les premiers mots admirables de la prière du Suscipe que le prêtre récite profondément incliné devant le tabernacle, les mains jointes posées sur l’autel, avant le chant de la préface.
« En mémoire de la passion, de la résurrection et de l’ascension ». La messe, qui est le renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix, réactualise non seulement les grâces de la Passion du Christ mais aussi celles attachées à sa Résurrection et à sa glorieuse Ascension. Et heureusement d’ailleurs ! Du mystère de Pâques rayonne en effet, comme d'un centre lumineux et incandescent, toute la liturgie de l'Eglise qui tire de la résurrection du Christ son contenu et sa signification, car la croix sans la résurrection n’est qu’un objet de scandale (I Cor I, 23). Tout, en effet, part de là : le Christ ressuscité d'entre les morts est le fondement de notre foi.
Ainsi la messe n’est pas seulement la célébration liturgique de la mort et de la résurrection du Christ, il ne s’agit pas d’une simple commémoration de la cène du Seigneur, mais elle est bien plutôt l’actualisation plénière d’un mystère total – de la Passion à la Résurrection – pour la vie de chaque chrétien et de toute notre assemblée à la chapelle Sainte Rita. La foi dans le Christ ressuscité est un appel à transformer notre existence, en opérant en nous une résurrection continuelle, comme l'écrivait saint Paul aux premiers croyants : « Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous en enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité » (Ep 5, 8-9).
Comment pouvons-nous alors faire que la Pâque devienne « vie » ? Nous devons partir de la compréhension authentique de la résurrection de Jésus : un tel événement n'est pas un simple retour à la vie précédente, comme il le fut pour Lazare, pour la fille de Jaïre ou encore pour l’enfant de la veuve de Naïm, mais il s’agit de quelque chose de complètement nouveau et différent : la résurrection du Christ est l'accès vers une vie non plus soumise à la caducité du temps mais une vie plongée dans l'éternité de Dieu.
Dans la Lettre aux Colossiens, Saint Paul écrit : « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d'en haut, non à celles de la terre » (Co III, 1-2). L'Apôtre précise très bien ce qu'il entend par « les choses d'en haut », que le chrétien doit rechercher, et « les choses de la terre », dont il doit se garder.
Les « choses de la terre » qu'il faut éviter : mortifier en nous le désir insatiable de biens matériels, l'égoïsme, racine de tout péché. Donc, lorsque l'Apôtre invite les chrétiens à se détacher avec décision des « choses de la terre », il veut clairement faire comprendre ce qui appartient au « vieil homme » dont le chrétien doit se dépouiller, pour se revêtir du Christ.
Quant aux « choses d'en haut » : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience. Et puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection » (Col 3, 12-14). La Pâque apporte donc la nouveauté d'un passage profond et total d'une vie soumise à l'esclavage du péché à une vie de liberté, animée par l'amour, force qui abat toutes les barrières.
Ce sont ces frontières là que l’on souhaite voir tomber.
Votre Chanoine